Nicolas Sarkozy mentionne Corneille

Samedi 3 février. 8 heures. Nicolas Sarkozy: On devait se voir à son QG, ce sera au ministère de l’Intérieur, pour un petit déjeuner. C’est plus pratique : il habite sur place. Il arrive frais rasé, dans le salon avec vue sur jardin, veste bleue, pantalon gris, chemise blanche ouverte, chaîne en or avec croix. Survolté, déjà. Il balance ses idées à la mitraillette ­– veut plus de culture à la télé, plus de privé dans la culture, de vrais campus pour ­chaque université –, beurre sa tartine, gigote sur sa chaise, apostrophe ses collaborateurs, avale un Advil, nous ­coupe, nous attrape le bras, boit son café, s’enthousiasme… On lui dit que ça va coûter cher, tout ça. « C’est la médiocrité qui coûte cher, le renon­cement ! »

Il a réponse à tout, il démontre tout : « La chanson est un art majeur , et je vais vous le prouver. » La chanson, sa passion : Johnny, bien sûr, « quarante ans de bonheur », mais aussi « les Québécois : Céline Dion, Garou… », mais aussi, « je vais vous étonner », Raphaël, Corneille : « Quand il chante, on sent que ça vient vraiment de loin. »

Côté littérature, il aime Louis Ferdinand Céline et Albert Cohen, vient de lire Les Bienveillantes, de Jonathan Littell. Entièrement ? « Jusqu’à la dernière ligne, et ça m’a donné envie de lire ­Kaputt » (de Malaparte). On y croit à moitié. Piqué au vif, il saute sur son sac de voyage, fouille dans ses chaussettes et en ressort le livre, triomphant : « Ah ! ça, vous ne l’aviez prévu, hein ? », ­hilare, le pouce pointé vers le bas. Et toc. C’est l’heure. Un huissier apporte un mot ­urgent. « Je dois partir. » Il est déjà parti. Il relira, lui, ses citations (qu’il amendera à peine). « Et alors, avec ­Ségo, que s’est-il ­passé ? » souffle son responsable de communication.

Source: Telerama