10 ans apr賺 ?plaie ouverte
Dix ans apr賠le g鮯cide, la communaut頲wandaise de Montr顬 vit dans la m馩ance.
“J’haﳠNo묠et toutes ses b괥s f괥s de famille
Tout ce qui rappelle ma plus belle vie.
Je suis jaloux de vous les chanceux
Qui prenez votre chair et votre sang pour acquis.
J’ai horreur de votre piti鬊Je prends tr賠mal votre g鮩rosit鮊ǡ fait d骠 un bout que je me suffis
Tout 硠n’est pas vrai, mais pour 괲e fort, c’est 硊que je me dis”
(parole de la Seul au Monde de Corneille, rescap頤u g鮯cide rwandais de 1994)
Se refaire une vie. Dans un pays de neige. Loin, loin des mille collines du Rwanda. Ce ne serait pas 鶩dent en temps de paix. Alors, quand c’est au lendemain d’un g鮯cide qui a fait un million de morts, l’effort demand頥st presque surhumain. Et la r飯nciliation? Une oasis ࠬ’horizon… si ce n’est un mirage.
La comm魯ration du dixi譥 anniversaire des 鶩nements de 1994, qui a lieu cette semaine, est la meilleure preuve de la profonde division dans laquelle vit la communaut頲wandaise montr顬aise. En fait, il faut plut?arler de communaut鳠au pluriel.
Puisque les quelque 2000 Rwandais qui vivent au Qu颥c sont arriv鳠apr賠1994 (il n’y en avait que 150 en sol qu颩cois avant cette date), ils ont tous apport鳠dans leurs bagages des blessures profondes.
Les Tutsis, groupe ethnique qui a 鴩 la principale cible du g鮯cide, ont organis頵ne s鲩e de colloques, de spectacles et d’鶩nements pour comm魯rer les 100 jours de massacre au Rwanda, qui ont vu p鲩r plus de 800 000 des leurs. Leurs yeux sont tourn鳠vers le 7 avril, triste date dans l’histoire rwandaise puisqu’elle marque le d颵t du g鮯cide.
La semaine derni貥, des membres de la communaut頨utue ont tenu une vigile devant les bureaux montr顬ais de l’Organisation de l’aviation civile internationale, demandant une enqu괥 pour trouver les coupables de l’attentat contre l’avion du pr鳩dent rwandais, Juv鮡l Habyarimana, le 6 avril 1994. C’est ࠬa suite de cet attentat que les massacres de la population civile ont commenc鮠Ce groupe pleure la mort des Hutus qui ont p鲩 dans les camps de r馵gi鳠des pays voisins apr賠la victoire militaire du Front patriotique rwandais, dirig頰ar le g鮩ral-major tutsi, Paul Kagame, aujourd’hui pr鳩dent du Rwanda.
Forc饳 de se partager la mꭥ terre d’accueil, ces deux solitudes sont aujourd’hui 鰡rpill饳 entre Montr顬, Qu颥c et Gatineau. Entre les deux, une petite poign饠d’individus tente d’ouvrir le dialogue et de recoudre le tissu social d飨ir鮠Mais les obstacles sont nombreux. “Aucun des partis ne reconnala trag餩e de l’autre”, soupire le journaliste et auteur de Africa Mea, Fran篩s Bugingo.
Avoir peur de l’Halloween
Pour les rescap鳠du g鮯cide – ils sont tout juste entre 300 et 400 ࠍontr顬 – l’heure n’est pas encore venue de passer l’鰯nge et les d魯ns de la derni貥 d飥nnie sont loin d’괲e exorcis鳮
Cela ne rassure aucun des survivants du g鮯cide de savoir que L鯮 Mugesera vit ࠑu颥c. La Cour suprꭥ entendra sous peu l’appel du gouvernement du Canada, qui cherche ࠥxpulser au Rwanda M. Mugesera. Celui-ci aurait appel頡u g鮯cide des Tutsis, dans un discours prononc頤ans son pays en 1992. L’automne dernier, la Cour d’appel du Qu颥c a tranch頱ue les preuves 鴡ient insuffisantes pour prouver la culpabilit頤e M. Mugesera, lui permettant de rester au Canada.
” La situation de la diaspora rwandaise est tr賠compliqu饮 Il n’y a pas que des rescap鳠ici, il y a aussi des g鮯cidaires et des complices du g鮯cide qui ont trouv頲efuge au Canada. Il y a des familles de g鮯cidaires. Je ne les condamne pas parce que je n’ai jamais entendu leurs propos, mais je pense que c’est normal d’괲e m馩ant. Comment peut-on s’attendre ࠣe qu’un ancien milicien ouvre le dialogue avec un rescap鿠ǡ se fait au Rwanda, parce que les gens sont oblig鳠de vivre c?ࠣ? mais ici, on n’a pas ࠬe faire “, explique Rupert Bazambanza, graphiste de 29 ans.
Rupert vient tout juste de publier une bande dessin饬 Sourire malgr頴out, racontant l’histoire d’une famille extermin饠pendant le g鮯cide. ” J’ai surv飵 pour t魯igner. Il reste des milliers d’histoires ࠲aconter “, expose celui qui a mis trois ans ࠴erminer son livre, mis en vente dans les derni貥s semaines.
Il a perdu son p貥 pendant le g鮯cide. Il a vu des dizaines de ses amis, de ses voisins, de ses connaissances 괲e assassin鳠devant ses yeux. La plaie, dit-il, est encore ࠶if et des 鶩nements qui semblent banals pour la majorit頤es Qu颩cois, sont source de souffrances intenses pour les rescap鳮
” Je n’oublierai jamais le premier Halloween que j’ai pass頡u Qu颥c. Les rescap鳠n’en revenaient pas en voyant des squelettes orner les rues. Nous avons compris apr賠que c’鴡it pour amuser les enfants, mais 硠a plong頣ertains des rescap鳠dans des crises profondes “, explique le jeune homme.
La comm魯ration du g鮯cide a le mꭥ effet sur certains des rescap鳮 Les images montr饳 ࠬa t鬩vision, les discussions sur le sujet, les films projet鳠pour l’occasion, replongent les survivants du g鮯cide dans les pires heures de leur vie.
” Mais c’est important de le faire, pour ne jamais oublier “, dit le jeune homme, fraement dipl?de l’Acad魩e du design de Montr顬.
La justice des vainqueurs
Les Montr顬ais d’adoption associ鳠au groupe hutu lancent eux aussi un cri du coeur. Selon eux, l’histoire ne retient qu’une partie des 鶩nements de 1994: les 100 jours du g鮯cide. Ils d鮯ncent que les meurtriers de Hutus innocents, r馵gi鳠dans les pays voisins du Rwanda, soient rest鳠impunis. Le Tribunal p鮡l international pour le Rwanda, 鴡bli par les Nations unies, ne jugera que des leaders hutus qui ont appartenu au gouvernement ou ࠬ’arm饠pendant le g鮯cide.
” Nous aurions aim頱u’il y ait une vraie justice. Pas une justice des vainqueurs sur les vaincus “, s’exclame Jeannine Hakizimana. ” Je ne nie pas que les Tutsis ont souffert le plus du conflit au Rwanda, mais beaucoup de Hutus ont 鴩 tu鳠aussi. J’ai banni le mot g鮯cide de mon vocabulaire. Je veux que quelqu’un me prouve que tout 硠a 鴩 planifi頤’avance “, tranche Mme Hakizimana.
Pendant que le proc賠de son mari, J鲴me Bicamumpaka, se tient au TIPR pour complot pour commettre un g鮯cide, g鮯cide, complicit鬠incitation directe et publique ࠣommettre le g鮯cide et crimes contre l’humanit鬠Jeannine Hakizimana tente d’obtenir un statut permanent au Canada, o?e 鬨ve ses deux enfants depuis six ans. Elle a 鰵is頴ous les recours. Ses enfants, Astrid et C餲ic, 鴡ient ⧩s respectivement de 5 et 10 ans quand ils sont arriv鳠ࠍontr顬.
” Mon mari n’a pas encore 鴩 reconnu coupable de quoi que ce soit. Je ne sais pas pourquoi on m’accuse moi aussi. Tout ce que je veux, c’est que mes enfants aient une vie normale “, implore-t-elle.
La fille du pr鳩dent Habyarimana, Marie-Rose, vit ࠇatineau. Elle 鴵diait ࠬ’Universit頌aval quand l’avion de son p貥 a 鴩 atteint par un missile, tant?ttribu頡ux extr魩stes hutus, tant?u FPR du pr鳩dent Kagame. ” Je n’ai jamais pu retourner dans mon pays depuis. Ma famille vit en France, je suis la seule au Canada. Ma m貥 est accus饠d’avoir complot頰our faire exploser l’avion de son mari pour d飬encher le g鮯cide, c’est n’importe quoi! Il n’y aura jamais de r飯nciliation sans la v鲩t頢, plaide-t-elle au t鬩phone.
Dure, dure r飯nciliation
Monique Mujawamariya, ancienne militante des droits de la personne dans la r駩on des Grands Lacs et pr鳩dente du Fonds Africa, trouve triste ࠰leurer cet oc顮 qui s鰡re les diff鲥ntes factions de la communaut頲wandaise. ” Les deux camps ne comprennent pas qu’en admettant la douleur de l’autre, 硠n’enl趥 rien ࠬa leur “, dit-elle.
Elle rappelle que pendant le g鮯cide, elle a pris la parole au nom des Tutsis. Depuis la fin du g鮯cide, elle prend la d馥nse des Hutus, eux aussi meurtris, reconnaelle, par les ann饳 de guerre bas饠sur une diff鲥nciation morphologique invent饠de toutes pi裥s par le pouvoir colonial belge. Monique Mujawamariya incarne elle-mꭥ la volatilit頤es cat駯ries raciales: de m貥 tutsie, elle 鴡it consid鲩e comme hutue au Rwanda.
” Une veuve est une veuve, un orphelin est un orphelin, qu’ils soient hutus ou tutsis. Apr賠le g鮯cide, il y a eu des fonds d’amass鳠pour les survivants tutsis, mais qui s’occupent des Hutus? Il y a aussi un fonds, mais il est vide. Les Hutus qui vivent ici doivent se saigner ࠢlanc pour nourrir leur famille au Rwanda “, explique-t-elle.
Mais son message de paix et de r飯nciliation lui a souvent co?her. Au Rwanda, elle a 鴩 maintes fois la cible d’attentats. Elle porte encore au visage les cicatrices de l’un d’entre eux. Ici, ࠍontr顬, elle est boud饠par les deux communaut鳠rwandaises. ” Je n’oublierai jamais la fois o?r賠un concert, je suis descendue dans le m鴲o. Il y avait deux groupes de Rwandais, un de Hutus et un de Tutsis. Ils m’ont fuie tous les deux “, raconte-t-elle, alors que des larmes lui montent aux yeux.
Mais Monique Mujawamariya ne perd pas espoir. De plus en plus, elle voit nae des groupes ” mixtes “. Une troupe de danse, comprenant des Hutus et des Tutsis, a 鴩 r飥mment constitu饠ࠍontr顬. Le chanteur montr顬ais Corneille, qui connabeaucoup de succ賠en France, transmet un message conciliateur, mꭥ s’il a perdu toute sa famille en avril 1994. Pauline Ngirumpatse, de l’organisme Humain avant tout, convie tous les Montr顬ais ࠵ne minute de silence en l’honneur des victimes du g鮯cide rwandais. Ce moment de recueillement, suivi de diff鲥nts discours, aura lieu le 7 avril ࠱2h30, dans l’agora du pavillon Judith-Jasmin.
” C’est souvent les gens qui ont le plus souffert qui sont les premiers ࠲econnae que tout n’est pas blanc et noir “, soutient Mme Mujawamariya. Mais elle sait que seul le temps et la bonne volont頰ourront r飯ncilier son peuple, ࠍontr顬 ou ࠋigali.
Source: Perreault, Laura-Julie – La Presse, Actuel, samedi 3 avril 2004, p. ACTUEL