Club Soda 31 juillet 2004 – Nuit étoilée

Inutile hier soir de regarder vers le ciel pour voir des stars. De toute façon, avec la journée que nous venions de passer, nous savions bien qu’il n’y aurait rien à voir au dessus de nos têtes…

Photo d’archiveC’est plutôt sur les scènes des FrancoFolies qu’il fallait chercher les étoiles, une tâche pas si difficile en ce samedi soir problématique sur le plan de l’horaire: comment aller voir Bashung tout en attrapant Fersen et Corneille? Zut pour Bashung, on se reprendra demain!

Le parterre du Club Soda était terriblement bondé pour le premier des deux concerts de Corneille, qui, tel l’enfant prodige, revenait chez lui après s’être longtemps baladé en Europe. Le public montréalais a tué le plus gras des veaux en l’honneur de la nouvelle star de la pop. En guise de remerciement, le chanteur a donné une performance sentie, chaleureuse, doucereuse, bercée par des arrangements entièrement acoustiques (en faisant exception du piano Fender Rhodes, bien sûr).

Corneille unplugged, la voix allant droit au coeur des fans. Ils formaient une jolie faune d’ailleurs, des jeunes comme des plus matures, beaucoup de femmes, reflet du public que ses chansons ont fini par rejoindre. Corneille ratisse large sur le plan des émotions comme sur le plan des thèmes; soul rassembleuse, chanson à textes déposés sur des grooves que son orchestre sait apprêter avec goût.

Autour de lui, ses trois fidèles choristes, une violoncelliste, un contrebassiste, un claviériste, un guitariste, un percussionniste et un trompettiste. Tous sapés pour un soir de gala, robes noires et complets du même ton. Corneille en carte de mode, le petit mouchoir blanc dépassant de la poche du veston qu’il retirait à l’occasion pendant les applaudissements trop longs.

Après avoir vu le concert version Big Band aux FrancoFolies de Spa, je m’attendais à une énergie plus diffuse. C’était le cas, mais le spectacle d’hier n’était pas moins bon que celui de la semaine dernière; seulement très différent, dans les couleurs apportées aux arrangements, dans le swing des chansons, reconnaissable même s’il scintillait moins qu’avec les cuivres.

Corneille avait choisi de commencer en douceur avec Sans rancune. Le percussionniste frappait sa caisse de bois de ses mains, le rythme était sourd, rugueux mais précis. La violoncelliste enrobait le groove pendant que la trompette, en sourdine, flottait derrière la voix affirmée de Corneille. Plus reposé sûrement qu’à Spa, le chanteur s’est adressé à ses bruyants fans: « Si vous saviez ce que c’est que d’être loin de chez soi, de revenir et d’être accueilli ainsi! » Sur le même ton léger, le chanteur a lancé Laissez-nous vivre puis la très personnelle Terre, à la suite de laquelle Judy Richards a fait irruption sur scène.

Une surprise à laquelle Corneille ne s’attendait visiblement pas. La chanteuse a raconté au public comment la star en devenir était venue lui demander conseil. Elle avait tout de suite vu le compositeur et l’interprète, dont « le passé riche, les émotions, la vie et la manière dont il la voit » feront certainement de bonnes chansons. Richards a enfin remis officiellement le disque d’or- 50 000 exemplaires- pour les ventes au Québec de Parce qu’on vient de loin.

Corneille a repris ses esprits avec Toi, la chanson sonnant la charge groove à ce concert qui commençait à vraiment décoller. Sur Rêve de star, tout le parterre chantait avec lui, le concert n’était commencé que depuis une trentaine de minutes et c’était déjà dans la poche. Pour ceux qui l’auront manqué (hier et ce soir encore), le DVD de cette tournée acoustique paraîtra durant l’automne. En novembre, Corneille revient avec son big band pour effectuer sa première tournée québécoise.

Avant le début du concert de Corneille, j’ai eu le temps de faire un saut au Spectrum où se produisait Thomas Fersen, chouchou des Montréalais. Fersen s’impose durant ces Francos: invité à la Fête francophone de vendredi soir, en salle hier, le frêle chanteur vous invite encore ce soir pour deux concerts-surprise gratuits. Sur la scène principale, à 21 h et 23 h, amenez votre compagnie.

Car il y avait une sacrée belle ambiance hier soir au Spectrum, une ambiance pas tellement différente de celle qui régnait durant sa série de concerts donnés l’hiver dernier. Fersen avait la forme, badinait comme toujours avec cet air timide et ses chapeaux trop grands. De la même façon que durant le concert de Corneille, ça tapait des mains et ça chantait les refrains. On le rattrape donc ce soir, sans avoir à se soucier de la pluie, cette fois.

Philippe Renaud
collaboration spéciale, La Presse
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