Francofolies de La Rochelle 2004

[Image non retrouvée dans les archives]LA ROCHELLE (AFP) – La présence de plusieurs têtes d’affiche du rap français (Diam’s, IAM et Passi) et de Corneille, nouveau prince du R’n’B francophone, n’a pas suffi jeudi soir à attirer une foule nombreuse pour ce qui s’annonçait comme une des soirées-phares des 20e Francofolies de la Rochelle.

Quelques mois après le Printemps de Bourges, qui avait déjà vu les Marseillais de IAM peiner à rassembler la foule, ce demi-échec illustre les difficultés que rencontre actuellement cette musique. Des difficultés aggravées par le téléchargement, qui, selon les éditeurs phonographiques, touche au premier chef le rap.

Lors de la sortie de son dernier album à l’automne (“Revoir un printemps”), IAM avait d’abord refusé la mise en place sur le disque d’un dispositif anti-copie, avant de se raviser quelques semaines plus tard, sous la pression de sa maison de disques, préoccupée par l’incidence du téléchargement illicite sur les ventes. Les éditeurs, qui évaluent environ à un tiers des ventes l’impact de cette pratique sur le marché du disque, viennent d’obtenir du gouvernement qu’il présente un plan contre le piratage.

Musique désormais banalisée, le rap affronte également, comme le rock avant lui, le défi de la croissance et du vieillissement. C’est d’ailleurs dans la peau de vétérans assumés que Akhenaton, Shurik’n, Freeman, DJ Kheops, Imhotep et Kephren, alias IAM, se sont présentés jeudi soir devant les quelque 5.000 à 6.000 spectateurs de l’esplanade Saint-Jean-d’Acre.

“Honneur aux anciens”, lâche Freeman, tandis que Shurik’n et Akhenaton annoncent au public que l’un de leurs techniciens vient d’être père. “La tribu IAM c’est désormais 14 enfants, une légion qui prépare la relève”, affirment-ils. Des propos salués par une salve d’applaudissements comme, quelques instants plus tard, lorsqu’ils demandent aux spectateurs de “lever un doigt” unanime contre le leader du Front national Jean-Marie Le Pen.

Le Congolais Passi, tête d’affiche de la soirée, avait réuni autour de lui une pléiade d’invités, dont Jacob Desvarieux de Kassav, Calogero (avec lequel il triomphe actuellement en tête des ventes de “singles” avec la chanson “Face à la mer”) et Stomy Bugsy, “mon ami d’enfance”, celui avec qui il animait il y a 15 ans Secteur A, un des groupes fondateurs du rap hexagonal.

La provocation d’antan – que symbolisèrent des titres comme “Brigitte femme de flic” ou “Sacrifice de poulets”, qui valurent au sulfureux groupe des difficultés avec la justice – a laissé la place à une musique purement hédoniste, teintée de zouk ou de ragga.

Première femme à s’être imposée dans un milieu dominé par les hommes, Diam’s, qui ouvrait la soirée, symbolise la relève, avec son disque “Brut de femme” et le tube “DJ”, qui ont triomphé la saison dernière. L’enfant du “91” – ce qu’elle revendique fièrement – rappelle qu’elle appartient à la “génération des années 80”.

“Barge, triste et réfléchie”, selon son expression, la jeune femme interpelle les spectateurs pour leur rappeler que “sans IAM et NTM, il n’y aurait pas de rap français”. “Les adultes, quand ils parlent des jeunes aujourd’hui, on a l’impression qu’ils parlent de lions”, lance-t-elle à un auditoire qui acquiesce avec enthousiasme.