Jonquière – Marchand d’espoir

JONQUIÈRE (YP) – Corneille s’est fait attendre, Corneille s’est fait désirer et attendre encore. Et puis après un long moment, il est arrivé sur scène et le public lui a tout pardonné.

Complet impeccable, cravate et chemise blanche, tout comme ses musiciens, il projette l’image du garçon parfait ou du grand frère que l’on voudrait avoir. Il sourit, penche la tête et tout arrive.

L’enchantement commence.

On le sait, Corneille fait un malheur en France et au Québec. Les disques se vendent à un rythme effarant. Il vient aussi de sortir du lot lors de la soirée des Félix. Comment expliquer un tel phénomène?
Corneille est rassurant. On pourrait lui donner les clefs de sa voiture pour qu’il aille se chercher une bouteille d’eau à New York. Il inspire confiance, apaise, dégage la gentillesse. Il chante, remercie au moins mille fois, s’en moque et le spectacle gonfle. Après, le magicien mène la foule comme s’il tenait une baguette et qu’il dirigeait un grand orchestre. Tout est pensé, rôdé et pas une note ne dépasse. Huit musiciens impeccables, des arrangements solides, des rythmes invitants et trois choristes qui nous procurent des moments formidables, intenses où l’on voit la foule le suivre d’une seule poussée. Tout est à point, pensé et bien huilé.

Le pardon

Corneille a connu le génocide du Rwanda mais il a l’air de s’en excuser. «Sans rancune», scande-t-il en entrant sur scène. L’homme qui a échappé à l’horreur pourrait être en colère, revendiquer, raconter des choses horribles mais il remercie, sourit et les gens applaudissent. Corneille redonne espoir, répète que malgré le pire, il est possible de rêver du meilleur. L’avenir peut prendre une autre couleur que celle que nous connaissons. Il en devient le témoin.
C’était plein au Palace d’Arvida, des jeunes surtout qui se laissent enlever par les rythmes, ces phrases scandées qui deviennent des mantras. «Je suis seul au monde», «Toi et moi» et la magie opère. Un très bon spectacle. Solide. Ce fut la frénésie quand il est descendu dans la salle pour serrer des mains pendant que son orchestre gardait la pulsion.

Ce chanteur exerce une étrange fascination et mène la foule au doigt. Fascinant de le voir opérer. Les gens chantent, dansent, se lèvent ou se rassoient à un signe. Rarement j’ai vu quelqu’un posséder un public comme ce Rwandais le fait. Rien de particulier ou de spectaculaire pourtant.

Après, quand le calme est revenu, les gens souriaient, heureux. Corneille est un marchand d’espoir qui fait croire à l’amour, à l’intelligence et au grand partage universel. Il ne faut pas chercher ailleurs. Voilà pourquoi il plait tant aux jeunes et aux moins jeunes qui l’ont applaudi à s’en faire mal aux mains, hier soir, à Arvida.

Source: Le Quotidien