La dévotion débordante des petites fans de Corneille
Corneille continue de planer sur son nuage. Actuellement en tournée, le chanteur québécois d’origine rwandaise provoque sur son passage des effusions collectives (principalement féminines) que la France n’avait pas connues depuis l’âge d’or de Patrick Bruel. Cris hystériques après chaque chanson, multiplication des bains de foule avec serrages intensifs de mains, transmissions de billets doux à l’idole…
Parents, dormez sur vos deux oreilles et laissez votre fille sortir au concert de Corneille. Ce garçon de 28 ans ne peut que forcer la sympathie. Il est athlétique, tiré à quatre épingles et affiche un sourire éclatant. Elégant et poli au point de souhaiter deux fois “une très belle année 2006” à ses fans.
Et son public est en or : il déroule le tapis rouge et réclame en pure perte un rappel au confrère convié en première partie à l’Olympia de Paris, Lokua Kanza, un folksinger de père congolais et de mère rwandaise, tout aussi jovial et chaleureux. Ensuite, la sono diffuse les voix de Marvin Gaye et de Stevie Wonder, manière pour Corneille d’invoquer (peut-être imprudemment) les mânes des grands ancêtres de la musique soul.
Millionnaire en ventes de disques dès son premier essai, Parce qu’on vient de loin (2001), le chanteur avait jusqu’ici peiné à retranscrire à la scène son mélange hybride de guitare acoustique et de rythmique R’n’B (l’avatar contemporain du rhythm’n’blues d’antan).
BRIC-À-BRAC MUSICAL
Aujourd’hui, dans la foulée d’un deuxième album, Les Marchands de rêve, il voit les choses en grand. En préparant un album en anglais pour internationaliser sa carrière et en assouvissant en tournée un fantasme de jeunesse : une revue soul avec pas moins de huit musiciens (en chemise blanche, gilet et cravate) et quatre choristes, juchés sur des estrades et entourés de grands drapés.
En conséquence, ses chansons faussement minimalistes sont réarrangées dans la luxuriance : un violoncelle pour évoquer la tristesse, des saillies de flûte traversière qui font résonner des échos de films de blaxploitation, une trompette bouchée façon Miles Davis, des percussions à la Santana, une guitare qui se partage entre jazz, funk et espagnolades. Sans oublier une introduction (sur Toi et moi) entièrement plagiée sur le Shaft d’Isaac Hayes. Manque pourtant l’essentiel : le groove (la version soul du swing), inaccessible à un batteur qui martèle chaque temps.
Mais Corneille, avec ses aigus voilés, continue de rayonner devant ce bric-à-brac musical qui va en fait du folk au reggae. Par moments, on ne sait plus trop si on a affaire à un artiste ou à un animateur de télévision — entre “ça va ?” et “vous êtes merveilleux (ou extraordinaires)”. Il a ainsi la très mauvaise idée de convier six célibataires (de sexe opposé) à monter sur scène afin de danser un slow de camping. Ses adieux sont interminables avant qu’il ne touche enfin, avec Sur la tombe de mes gens, seul et pudique rappel du destin de Corneille Nyiungura, Tutsi à jamais privé de sa famille la plus proche.
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Corneille en concert à l’Olympia jusqu’au 15 janvier (complet). Le 19 avril au Zénith de Paris. Les 18 janvier et 4 avril à Lille, les 19 janvier et 11 avril à Caen, les 21 janvier et 16 mars à Orléans.
Source: Bruno Lesprit – Le Monde
Article paru dans l’édition du 13.01.06