Marchand de rêves heureux… et tragiques
Il a une histoire tragique, il a un destin magique. Corneille peut encore surfer sur cette destinée extraordinaire, il ne pourra le faire indéfiniment à moins de continuer de créer des mégatubes au-delà du miracle de sa propre existence.
Corneille n’est certes pas le meilleur chanteur, il manque de puissance et il lui arrive régulièrement de commettre des fautes de justesse sur scène- et même un peu sur disque, là où on peut se reprendre. Mais on peut tout pardonner à Corneille, un garçon intelligent, très beau et très sympathique, qui crée de bonnes chansons pop en plus d’assumer son rôle de crooner francophone, manière soul.
Qu’on ne s’y méprenne, cet artiste de variétés n’est pas une coquille vide. Sur ce deuxième CD, Corneille se fait calme et sensuel, flotte doucement sur les rythmes de percussions légères, s’oxygène d’une brise de cuivres et de bois, se frotte à des cordes somptueuses. Il y déterre un peu sa douleur enfouie par la célébrité et le glamour, s’adresse à sa mère assassinée (victime du génocide rwandais), la rassure sur son sort fabuleux. Plus loin, il se projette dans le pays des mille collines, s’imagine au pied de “la tombe de ses gens “, imagine les émotions qui finiront bien par le traverser. Évidemment, il frappe dans le mille lorsqu’il revient sur ce thème extrêmement douloureux.
Vous conviendrez que la destinée hallucinante de Corneille n’est pas étrangère à son succès dans toute la francophonie. Et il serait injuste de l’accuser d’avoir marchandé son histoire personnelle puisqu’il en a fait des chansons sincères et poignantes, généralement bien écrites.
Sans tomber en pamoison, on ne peut qu’endosser l’humanisme juvénile dont il fait preuve en s’adressant à la Maison-Blanche et son principal occupant. On notera aussi l’exploitation d’autres thèmes classiques; le mot du grand frère (Petite Sœur), l’espoir d’un avenir meilleur (Les Marchands de rêve, Notre jour viendra), l’angoisse du déclin (Si tu savais), l’être aimé (À vie, Iwacu), on en passe. Très porté sur la ballade, Corneille a trouvé un ton qui lui sied bien avec cette soul pop flirtant avec le folk acoustique et la musique de chambre.
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Corneille, Les marchands de rêve, POP, DEJA Musique
+ La sympathie contagieuse
– Facture un peu lymphatique
Source: Alain Brunet – Cyberpresse