Télévision québécoise – De la chanson, pour changer
Une fois la poussière retombée, ce sera de nouveau la disette télévisuelle pour nos chanteurs, chanteuses et groupes.
Flash sera là. Star système aussi. Vedettes interceptées sur le tapis rouge, citations au vol, extraits-chocs, montage serré. Normal: cette semaine, l’événement médiatique, c’est le Gala de l’ADISQ, 26e du nom. À Radio-Canada, toute la semaine dernière (baptisée «Semaine de toutes les musiques») et cette fin de semaine jusqu’à la remise des prix dimanche (dès 19h30), on aura mis toutes les forces vives à contribution: reportages «exclusifs» sur le site Internet, ratissage radio à Espace Musique (gros focus chez Sophie Durocher et Claude Rajotte) comme à la Première Chaîne (gros focus itou chez Monique Giroux), en plus du bouquet désormais attendu d’émissions spéciales à la télé.
Ainsi rempile-t-on samedi avec En route vers le Gala de l’ADISQ, l’habituel tour d’horizon des artistes en lice, agrémenté de prestations par les Vallières, Polémil Bazar, Kate et Anna McGarrigle et Taima, tels que filmés lors du gala hors ondes de lundi dernier (au lieu des prestations «à froid» des années précédentes, bonne idée). Artv fait aussi sa part, reconduisant la livraison télé de Bande à part juste avant le début des hostilités, dimanche à 18h (et en reprise lundi 1er octobre à… 9h) : le toujours compétent Rajotte y présentera ceux qui ont remporté des Félix dans les catégories périphériques lors du gala hors ondes, ceux-là mêmes qu’on ne verra pas en prime time au gros gala animé par Guy A. Lepage. Lequel gala, entre les 15 ouvertures d’enveloppe assorties de statuettes, fournira aux Corneille, Lhasa de Sela (photo), Dumas, Stefie Shock et Andrée Watters l’occasion rare d’exposer leur musique à plus de un million de téléspectateurs. J’exclus Marie Élaine Thibert du lot : pour la gagnante de Star Académie, à moins de trois millions, c’est l’intimité. Elle chantera quand même, histoire d’être également applaudie par ceux qu’elle croit être ses pairs (erreur : ses pairs ne sont pas les autres chanteurs, mais les autres gagnants de concours).
Une fois la poussière retombée et les reporters de Flash repartis pour Hollywood, ce sera de nouveau la disette télévisuelle pour nos chanteurs, chanteuses et groupes. Le Gala de l’ADISQ, en cela, est à la chanson ce que le Festival international de jazz de Montréal est au milieu du jazz local : une exception. Un gros paquet d’oeufs dans le même panier, généralement vide le reste de l’année. Le reste de l’année pour nos artistes de la chanson ? Ils peuvent toujours aller jouer les faire-valoir chez Josélito Michaud, se faire interviewer intelligemment par Guy A. Lepage à Tout le monde en parle et ne pas se voir à la télé, coupé au montage comme Pierre Lapointe. Ou alors souffrir les solos de percussions de Normand Brathwaite à Belle et Bum. Je badine : Belle et Bum est la seule émission véritablement consacrée à la chanson depuis la fin de Studio TV5. Une bouée de sauvetage, littéralement.
Et MusiquePlus, là-dedans ? De plus en plus squattée par les humoristes et les freak shows, MusiquePlus. Et MusiMax ? Pour les grands, les établis, les vétérans, il y a au moins les Musicographie. Comme il y a Paroles et musique à Artv. Une fois chacun. Sans compter Star Académie, bien sûr, pour autant que l’on accepte de chanter en duo avec Wilfred et ses successeurs. Misère. Allez, bon gala. Profitez-en pendant que ça dure.
En route vers le Gala de l’ADISQ, Radio-Canada, samedi, 22h
Bande à part, Artv, dimanche, 18h
26e Gala de l’ADISQ, Radio-Canada, dimanche, 19h30.
Source: Sylvain Cormier – Le Devoir
Édition du samedi 30 et du dimanche 31 octobre 2004