Tout Le Monde En Parle, Mission accomplie
Depuis qu’on a appris sa venue, on attendait l’adaptation de Tout le monde en parle avec une brique et un fanal. Prendre un concept français peu connu ici, et le rendre pertinent et intéressant pour un public québécois, l’entreprise était casse-gueule. Guy A. Lepage et son « fou du roi », Dany Turcotte, ont pourtant fait de cette première émission une grande réussite. Mission accomplie.
Et les moments savoureux n’ont pas manqué. L’équipe de Tout le monde en parle avait concocté un coup d’éclat en lever de rideau : confronter des artistes visés par Jeff Fillion et le patron de Genex, Patrice Demers. Malheureusement, le face à face n’a jamais eu lieu, puisque ce dernier a décidé de quitter le plateau quelques minutes avant d’entrer en ondes. À la fin de l’émission, Guy A. Lepage l’a traité de pissou et l’a invité à revenir la semaine prochaine. On ne sait pas s’il acceptera cette fois-ci.
Par son refus de participer, le patron de Genex a quand même alimenté la première partie de Tout le monde en parle, qui s’est transformée en séance de défoulement contre CHOI-FM. Tout d’abord, Véronique Cloutier et Éric Lapointe ont commenté les propos émis par l’animateur-vedette sur chacun de leur cas. On ne reviendra pas sur les opinions corsées de Fillion, mais on a pu entendre ce que certains artistes en pensent. En parlant de Patrice Demers, Véronique Cloutier a lancé : « Je dis bravo, il vient de nous donner raison (en quittant le plateau). C’est révélateur, ni l’un ni l’autre n’a le culot de venir nous dire tout ça en pleine face. »
« C’est facile de chier sur le monde quand tu es derrière un micro », s’est exclamé pour sa part Éric Lapointe. Par rapport au départ de Patrice Demers, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a exprimé ce commentaire : « Ils n’ont pas beaucoup de courage pour des gens qui clament la liberté. (Patrice Demers) aurait pu défendre sa cause, il n’a pas beaucoup de guts. » Comme quoi, Demers a peut-être filé à l’anglaise, mais son ombre flottait partout sur le plateau. Pas certain que tout ce brouhaha ait viré à son avantage…
Alors, cette adaptation québécoise — qui coûte 15 000 $ en droits d’auteur chaque semaine — égale-t-elle la version originale, admirablement menée par Thierry Ardisson, qu’on peut voir sur TV5 ? Absolument. On a eu l’intelligence de retenir le meilleur du concept d’Ardisson (le décor, les questionnaires concept, le sampler…), et on l’a bien adapté à notre réalité. Le questionnaire Paul Martin, où Gilles Duceppe a dû répondre comme s’il était à la place du premier ministre du Canada, en est un bon exemple. Bien que mal à l’aise, le politicien a su s’en tirer avec panache.
Le fantôme d’Ardisson planait aussi sur le plateau lorsque l’auteure Nelly Arcan s’est amenée autour de la table. Guy A. Lepage est revenu évidemment sur la controverse causée par Ardisson, quand il avait dit à la jeune femme qu’elle devait « se débarrasser de son accent, qu’on ne parlait plus comme ça depuis le XVIIIe siècle ». Arcan a pu enfin s’expliquer sur les événements. On a aussi appris que l’auteure s’appellerait, en fait, Caroline Lachance.
Par ailleurs, la grande découverte de cette première émission, c’est le mordant dont a fait preuve Dany Turcotte. Si Guy A. Lepage semblait accroché à ses cartons, l’ancien membre du Groupe sanguin, lui, savait intervenir au bon moment, en piquant les invités sur des sujets qui dérangent. Tout le monde y a goûté à son tour, à commencer par Véronique Cloutier. Turcotte a affirmé qu’il n’y avait que 177 photos dans un magazine lancé par la star, alors qu’on en annonçait… plus de 200 ! Touché ! Laurent Baffie n’a qu’à bien se tenir, il a maintenant de la compétition.
Et plus l’émission avançait, et plus Guy A. Lepage prenait de l’aplomb. Ses questions étaient plus solides ; ses interventions, plus spontanées. Surtout avec Anne-Marie Losique, qui a dû subir plusieurs bitcheries de la part de l’ex-RBO. Visiblement fatiguée, l’animatrice est instantanément devenue sa tête de Turc, et Lepage s’est amusée de ses réponses évasives. La vedette de La Vie rurale a dû trouver le temps long. Tordant.
Puisque que Tout le monde en parle est enregistré pendant quelques heures, on garde donc les meilleurs moments. Même si le début manquait cruellement de rythme (on se serait passé de la plogue de Véronique Cloutier), tout cela s’est rétabli assez rapidement. On aurait pu croire que Guy A. Lepage s’essoufflerait en cours de route, mais on s’est rarement ennuyé. Faut le faire. On a beaucoup ri, on a réfléchi, et on a même été touché lorsque le chanteur d’origine rwandaise Corneille a raconté son épouvantable parcours.
On se demandait si Tout le monde en parle deviendrait un incontournable de la rentrée télévisuelle. Après cette première émission, on peut l’affirmer sans trop se tromper : on sera rivé devant notre téléviseur à Radio-Canada le dimanche soir. Sans faute.
Source: Le Soleil Frédéric Boudreault, Collaboration spéciale. Titre originale; “L’ombre de Patrice Demers planait toujours”