Vie de star

Photo d’archiveDes « rêves de star » qu’il nourrissait sur son premier album, Parce qu’on vient de loin, Corneille est passé, en moins de deux ans, à la vie de star. Auteur et compositeur rafraîchissant, personnage public à l’image soignée, il a su s’imposer, au-delà de la musique, grâce à ses vidéos toujours très léchés.

Sans véritablement miser sur le look, Corneille brille depuis ses débuts par son style à la fois élégant et urbain que mettent en valeur ses clips, tous réalisés par le Montréalais Maxime Giroux (NùFilms). L’artiste au profil de mannequin soutient toutefois ne pas avoir voulu jouer la carte de l’image, même s’il admet accorder un soin particulier à sa garde-robe.

« C’est dans ma nature de faire attention à ça, a-t-il expliqué de la France, où il présentait une nouvelle série de spectacles il y a quelques jours. Cela dit, je ne pense pas me tourner plus qu’un autre vers le clip. Aujourd’hui, on est à l’ère du multimédia. Tout est plus visuel. Je pense que le clip est devenu un support promotionnel indispensable pour tout artiste. Ce n’est pas nécessairement pour véhiculer une image, mais pour mettre un visage sur la musique. »

La conjonction parfaite du propos, de la musique et de l’image chez Corneille n’est pas passée inaperçue aux yeux de l’industrie. Elle a entre autres permis à l’artiste de se démarquer lors de remises de prix tels que les Much Music Video Awards (prix du meilleur vidéoclip francophone pour Parce qu’on vient de loin), le gala de l’ADISQ (il a reçu lundi les prix du vidéoclip de l’année pour la même chanson et de l’artiste québécois s’étant le plus illustré hors Québec) et les MTV Europe Awards (remis à Rome le 18 novembre), où il luttera pour le titre d’artiste francophone de l’année.

Cette dernière nomination est une première pour un Québécois. Les MTV Europe Awards sont l’événement musical le plus important en Europe. Rediffusé en direct dans de nombreux pays, notamment la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne et la France, cette célébration de la musique compte sur la participation d’artistes tels que Nelly, Gwen Stefani et Eminem.

« Je suis très surpris de cette nomination parce que je ne pensais pas que ça arriverait aussi tôt dans la carrière, mais aussi parce que c’est très prestigieux », admet-il, pas peu fier de sa réalisation.

Cette nouvelle ouverture laisse entrevoir pour Corneille la possibilité d’une carrière internationale en langue anglaise. L’artiste de 26 ans ne repousse pas l’idée.

« Je me suis trouvé une musicalité en français. Du moment où on a décidé qu’on travaillerait en français, c’était se retrouver dans une position où on devait être créatif. Il n’y a pas de repère en musique en français pour la musique que je fais. Il fallait trouver des idées originales pour que ça marche. »

Comme c’est d’abord dans la musique anglophone que Corneille a trouvé sa passion pour la soul et le R&B, faire le saut de l’un à l’autre ne représente pas un obstacle insurmontable. Un nouvel album en français précédera toutefois un projet anglophone.

Photo d’archive« La différence fondamentale, c’est que la langue française est très exigeante, surtout en chanson. Elle existe pour qu’on lui donne le premier plan. Les rythmes viennent après. Le français est une langue qui supporte mal le compromis. Tandis qu’en anglais, on peut avoir du rythme, dire n’importe quoi, et ça peut marcher. C’est peut-être aussi la culture francophone qui fait qu’on est portés à écouter les mots… »

Preuve que la carrière de Corneille ne cesse de gagner en dimension, le Montréalais se produisait dans des clubs de 500 à 600 places lors du début de sa tournée en France en décembre 2003. Aujourd’hui, il est à l’affiche de salles de 7000 places.

« Ça me dit que j’ai raison de faire ce que je fais, qu’il ne faut rien changer », estime-t-il.

Celui qui se plaît à décrire son public français comme étant un groupe de personnes âgé de « 7 à 77 ans » — « On est rendus à 78 ! » corrige-t-il gentiment —, se dit heureux de voir enfin l’enthousiasme français trouver son équivalent au Québec.

« Ça fait vraiment plaisir ! Il n’y a rien de plus gênant, de plus triste pour un artiste, que d’avoir du succès à l’extérieur et pas chez lui. Mais je n’ai jamais perdu espoir que ça arriverait un jour. »

L’ADISQ n’a pas manqué de souligner cette percée tardive de Corneille qui, deux ans après la sortie de son disque, figure toujours au top 5 des ventes et en première position du palmarès radiophonique francophone. Outre les deux nominations pour lesquelles il a remporté un duo de Félix lundi, l’artiste pourrait encore aller chercher dimanche les prix de l’interprète masculin de l’année et de la chanson populaire de l’année pour Parce qu’on vient de loin.

« Le plus important pour moi, c’est que les gens viennent aux shows, qu’ils achètent des disques. Mais c’est sûr que la reconnaissance de la profession a son cachet, son importance… Ça donne plus de crédibilité à la démarche. »

Corneille terminera le cycle de l’album Parce qu’on vient de loin sur scène à Montréal en décembre. Ensuite, l’auteur-compositeur-interprète se plongera dans la confection de sa deuxième galette.

« Je veux entrer en studio tout de suite. D’abord parce que je viens de passer deux ans avec un seul album, mais aussi parce que je déborde d’idées. Il est temps que je rentre en studio pour mettre ces idées sur bande. J’espère qu’on sera en mesure de sortir le disque à l’automne prochain. »

CROIRE EN SON DESTIN

C’est après avoir survécu au génocide rwandais de 1994, que Corneille a pris sur lui de donner de l’espoir à ses frères et sœurs « qui se battent jour et nuit contre l’ordinaire », comme le dit sa chanson. Et jusqu’à présent, il s’acquitte de sa mission avec une force et une conviction admirables. Possédant une inébranlable éthique professionnelle, c’est en travaillant inlassablement que l’auteur-compositeur-interprète est parvenu à faire sa place.

« Il faut croire que quand on fait le travail, ça va arriver un jour. Je sais que je ne prends rien pour acquis… » a laissé entendre celui dont le succès rapide en France a fait de lui une véritable superstar.

C’est cette foi en ses moyens, cette confiance aussi, qui est à la source de sa détermination.

« Mais ce n’est pas seulement la confiance. Ce n’est pas seulement ça. Il faut croire en son destin. Je chante ce que je vis et j’essaie de vivre ce que j’écris », soutient celui qui sera en spectacle au Capitole le 5 novembre avec sa dizaine de musiciens et quelques nouvelles chansons.

Source: Kathleen Lavoie – Cyberpresse Le Soleil